Intervention sur le Débat d’Orientation Budgétaire (DOB)
Par Elus Verts de Rezé le lundi 4 janvier 2010, 09:53 - Conseils municipaux: interventions des élus Verts - Lien permanent
Conseil Municipal de Rezé du 18 décembre 2009
M. le Maire, Chers collègues,
Les années se suivent, et risquent malheureusement de se répéter. Lors du Débat d’Orientation Budgétaire de décembre 2008, nous avions exposé dans les grandes lignes notre point de vue d’écologistes sur la conduite à tenir en matière budgétaire. Notre vision n’a pas changé, mais nous allons l’expliciter à la lueur des évènements de ces 12 derniers mois.
Les collectivités locales sont toujours coincées dans un effet ciseau financier, dû à la stagnation voire à la baisse de leurs recettes, et à l’augmentation de leurs charges.
Une part de nos recettes est contrôlée par l’Etat. Le gouvernement qui l’incarne a deux visages : d’une part un discours justifiant la diminution du nombre de fonctionnaires dans des secteurs qui sont déjà touchés par la crise, que ce soit la santé ou l’enseignement pour ne citer que ces deux domaines. D’autre part une politique dispendieuse qui profite toujours aux mêmes. Le gouvernement augmente à peine le SMIC, mais évidemment, il ne revient pas sur le bouclier fiscal profitable à des ménages qui n’en avaient pas besoin.
Certaines charges connaissent une augmentation régulière que nous devons subir : on peut citer les fluides et carburants (gaz, électricité, essence, eau), les denrées alimentaires, les salaires qui augmentent mécaniquement. D’autres sont dues aux politiques que nous conduisons et aux projets que nous avons.
Un débat irrigue notre société, c’est celui de la croissance. Les écologistes portent ce questionnement depuis longtemps, et leurs propositions sont souvent caricaturées. Au fond, comment peut-on résumer les enjeux de ce débat ? Dans un monde fini, comment peut-on faire croître de manière infinie les productions et les consommations mondiales ?
La réponse est assez simple : on ne peut étendre les limites du monde, donc il faut maîtriser notre impact sur celui-ci et le partager.
A l’heure où s’achève le sommet de Copenhague, nous savons que nous avons, nous Occidentaux, une lourde responsabilité sur l’état du climat. Un Français a en moyenne une empreinte écologique de 5,26 hectares, là où la France n’offre que 2,88 hectares par habitants. Il faudrait presque 3 planètes pour satisfaire la consommation de la population mondiale si elle vivait comme nous. Il faut intégrer de plus que la population mondiale augmente régulièrement, ce qui réduit de fait notre « droit » à consommer les ressources naturelles.
Cette prise de conscience nous guide aussi pour la gestion de la collectivité. Nous pensons que les années à venir marquent le début d’un nouveau cycle pour lequel nous devons réviser notre approche. D’abord, tous les indicateurs mondiaux que nous avons indiquent que la bulle financière n’a pas éclaté. Les marchés reconduisent aujourd’hui leurs pratiques, et se reconstituent des matelas de profits au vu et au su de tout le monde, sans être inquiétés outre mesure quant à leur nécessaire solidarité avec le monde des entreprises ou des ménages défavorisés. Nous n’avons pas les moyens au niveau de notre collectivité, de peser directement sur le gouvernement national, ni sur le gouvernement mondial des affaires. Nous ne pouvons pas non plus répercuter éternellement sur les habitants les dérives de nos gouvernants.
Parce que nous pensons que nous avons une part de responsabilité mondiale, parce que nous pensons que la conjoncture nous y oblige, nous sommes enclins à réviser les projets de la ville. Nous avions avec l’ensemble des composantes de la majorité solidairement établi un programme électoral que la population rezéenne a plébiscité. Pour autant, la rapidité avec laquelle les circonstances de notre action communale se sont dégradées nous recommande d’interroger tous azimuts la feuille de route que nous nous étions fixée. Que ce soit dans le domaine des investissements, ou dans celui du fonctionnement, nous devons avoir un axe de conduite basé sur l’évaluation de nos politiques, et sur l’interrogation permanente de ce que nous pouvons ou devons reconduire.
Notre collectivité est par exemple comptable de l’utilisation des deniers publics au regard des services rendus à la population, tout en assurant une certaine qualité de conditions de travail de ses agents. Aujourd’hui, la conjoncture nous impose de vérifier et éventuellement de revoir notre organisation.
En ce qui concerne les investissements, sans gommer l’intérêt politique qu’il y aurait à compléter l’équipement de la commune, notre souhait est dans un premier temps de porter l’essentiel de l’effort sur la rénovation de notre patrimoine, en particulier dans le domaine de la maîtrise énergétique. Chaque €uro investi dans ce domaine se traduit par une réduction des consommations, donc de nos charges, et participe à l’atténuation de notre empreinte écologique suivant le souci d’assumer notre responsabilité à l’échelle mondiale. Chaque nouvel équipement augmente de fait notre empreinte et alourdit les charges générales d’entretien et de personnel.
Enfin pour les dépenses de fonctionnement, les activités directes de la commune et celles des structures satellites (associations et autres) doivent être interrogées au fond. Devons-nous reconduire de façon quasi rituelle tel ou tel évènement, ou telle ou telle subvention ? Et s’il est partagé qu’ils ont de l’importance, comment faire en sorte de réduire leur incidence financière ou en terme de moyens humains, tout en gardant leur essence profonde ?
Les municipalités étaient habituées à une dynamique de projets pour leur commune, souvent fondée sur la trace laissée : la marque visible dans le paysage au moyen de constructions était l’objet d’attentions et d’investissements importants. La crise que traverse le monde, conjonction des crises environnementales, sociales et financières, est l’occasion de revoir notre mode de pensée. L’heure est venue de croire que la dynamique d’une municipalité peut aussi s’ancrer dans le vivre ensemble, dans un déploiement de nouvelles façons d’apporter des services, de faire germer l’intelligence du collectif pour pallier au manque de ressources, ou pour répondre à la volonté de faire avec moins (de déplacements, d’énergie entre autres). C’est une révolution culturelle : arrêter de croire que la diminution des marges de manœuvre financières est source de régression. Cela nous oblige à l’invention, à la création, à retrouver une entraide et une solidarité qui se perdaient, en bref, à revoir « l’ingénierie municipale ».
Les écologistes sont souvent caricaturés dans leur approche : on raconte qu’ils veulent revenir à la bougie, qu’ils agissent seulement pour les nantis, qu’ils pensent que le bonheur est dans la pauvreté…. On peut en rire. Mais chaque nouvelle année passée nous fait mesurer l’étendue croissante des dégâts des différentes crises énoncées plus haut. La question n’est pas de savoir s’il faudra s’adapter. La question est juste de savoir quand nous devons le faire.
Pour les élus Verts la réponse est claire : le plus tôt sera le mieux, car plus nous attendrons, plus les populations déjà défavorisées le paieront cher, celles justement qui ont le plus besoin de notre soutien.
Je vous remercie de votre attention.