L'hôpital dans nos imaginaires d'enfants était un lieu symbolique extrêmement fort. Pour illustrer la gravité d'une blessure, ou d'une maladie, on brandissait la menace de l'hôpital. Le rapport que nous avons à ce lieu n'est plus le même. Qui autour de cette table ne l'a encore pas fréquenté, soit pour une maladie, soit pour un accident, soit simplement pour des examens, des contrôles ? L'hôpital n'est plus un lieu "exogène", mais fait bien partie sinon de notre quotidien, disons de notre vie.

La société dans laquelle nous vivons depuis déjà quelques années nous a entraînés sur des orientations dont nous percevons aujourd'hui les effets néfastes. Le concept de santé environnementale n'est plus une lubie des écologistes. Il est enfin admis aujourd'hui que nombre de pathologies sont liées à des produits ou des matériaux largement répandus, et aux pollutions des activités humaines : nous pensons ici bien sûr à l'amiante, aux pesticides, aux dioxines, aux particules fines, à la radioactivité !... Nous ne connaissons pas toujours les effets pervers des combinaisons entre ces diverses agressions, ni leur combinaison avec des phénomènes naturels. Par exemple, les pathologies consécutives aux particules de pollution atmosphérique entraînées au fond des poumons par certains pollens d'arbres plantés en ville. Ces pathologies ont en commun d'être de plus en plus répandues, avec une période de gestation souvent longue avant qu'elles n'éclatent au grand jour. Elles nécessitent souvent des soins lourds, et récurrents.

Si le type d'hospitalisation a évolué pour se réduire à des séjours courts, le type même des soins pour les maladies de type cancer ou autres nécessite des retours réguliers à l'hôpital. Cette donnée renforce encore le côté "banal", au sens qu'il n'est pas exceptionnel, nous ne disons pas bénin, de notre rapport à l'hôpital. Ce lieu concerne ou va concerner 100 % de la population (dont les enfants, de plus en plus touchés par les maladies dégénératives) son accessibilité, son ouverture sur la ville et ses services sont indispensables. Une position centrale dans la ville répondrait-elle à cette nécessité ? Et quelle conception architecturale répondrait à ces attentes ?

Il est de la mission d’un service public de santé de prendre en charge les populations défavorisées. Elles n'ont déjà pas suffisamment de ressources pour avoir une vie décente (logement insalubre, mauvaise alimentation, manque d'hygiène etc...). Elles font l'impasse sur les soins urgents, les études récurrentes nous l'indiquent. Il ne faudrait pas en plus qu'elles soient pénalisées par un lieu difficilement accessible.''

Cependant l’hôpital ne dispense pas que des soins extrêmement techniques, nécessitant du matériel de pointe et un personnel de compétence rare. A-t-on réfléchi à un scénario répondant à un maillage de l’agglo, avec des antennes réparties aux quatre coins de la cité, qui assureraient des soins jusqu’à un certain seuil, et un site de référence qui répondrait aux besoins plus lourds exprimés par le corps médical ?

Le débat sur l’implantation du futur CHU ne doit pas nous empêcher de réfléchir parallèlement à notre propos du départ. Et si aujourd’hui, nous devons répondre aux besoins que le corps médical a exprimés ce soir, notre rôle d’élus politiques est bien d’agir pour que les citoyens soient moins soumis à des agressions pathologiques, pour que l’hôpital ne soit plus un équipement d’usage banal ou quotidien, mais soit pour les citoyens un recours exceptionnel Par exemple, une étude sur la qualité de l’air dans 25 villes européennes montre que le respect d’une valeur guide de la quantité de particules fines dans l’air permettrait un allongement de l’espérance de vie et « d'un point de vue économique, le respect de cette valeur guide se traduirait par un bénéfice d'environ 31,5 milliards d'euros (diminution des dépenses de santé, de l'absentéisme, et des coûts associés à la perte de qualité et d'espérance de vie) » (étude Aphekom). Le concept de santé environnementale nécessite que nous nous attachions collectivement aux solutions pour faire de la prévention plutôt que de la réparation. Nous devons privilégier une politique de santé plutôt que nous contenter d’une politique de santé.

Prenons conscience que la politique de gestion poursuivie par le gouvernement vise à déstructurer de façon massive le dispositif de santé publique, en contraignant les établissements à la rentabilité, alors que les questions de santé, si elles empruntent au champ des activités marchandes, restent bien une des valeurs fondamentales qui structurent les services publics. L’utilisation intelligente des finances recommande une certaine mutualisation, une rationalisation des charges. Les précautions pour l’avenir de la planète recommandent de diminuer les flux de gestion liés à l’activité intrinsèque de l’hôpital. Le projet de regroupement répond peut être à une demande du corps médical. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’il ne met pas à l’abri l’hôpital public de Nantes de l’asphyxie menée par le gouvernement en matière de santé publique.

La situation de l’île de Nantes, avec son enclavement entre des bras de Loire, nécessite une étude particulière. La question de son caractère inondable, mais aussi du caractère éventuellement fragile des accès à l’île, doit être bien pesé. Nous avons l’habitude de raisonner en termes de probabilité de risques. Dans le cas précis, nous n’avons pas le droit à l’erreur pour le futur emplacement de l’hôpital. En plus de la question de son évacuation, se pose la question de l’accès à cet équipement dont nous aurions besoin en cas de, disons catastrophe. Si le futur CHU devait s’implanter sur l’île, son architecture, ses équipements, ses circuits d’approvisionnement logistique devraient prendre en compte à la fois l’inondation de son site, et l’impossibilité éventuelle d’utiliser les ponts.

Le débat de ce soir tourne-t-il autour de la question « Conserve-t-on l’hôpital dans une position centrale ? » ou « Transfère-t-on l’hôpital sur l’île de Nantes » ? Nous le disons ainsi car le site des abattoirs pourrait aussi répondre aux besoins tels qu’exprimés par le corps médical. Les raisons juridiques du blocage actuel ne sont pas éternelles et sans mesure avec les enjeux.