CHU
Par Elus Verts de Rezé le mercredi 6 avril 2011, 10:01 - Conseils municipaux: interventions des élus Verts - Lien permanent
Débat en Conseil Municipal - 1er avril 2011
Le texte proposé ci-dessous reprend des éléments exprimés lors du débat (en italique) ainsi que des idées qui, bien que non citées, ont été dégagées de réflexions partagées par les élus Verts rezéens. Nous les livrons sous forme de petits paragraphes, sans réelle hiérarchie, n'hésitez pas à réagir si vous êtes en accord ou en désaccord avec certaines de ces réflexions...
L'hôpital dans nos imaginaires d'enfants était un lieu symbolique
extrêmement fort. Pour illustrer la gravité d'une blessure, ou d'une maladie,
on brandissait la menace de l'hôpital. Le rapport que nous avons à ce lieu
n'est plus le même. Qui autour de cette table ne l'a encore pas fréquenté, soit
pour une maladie, soit pour un accident, soit simplement pour des examens, des
contrôles ? L'hôpital n'est plus un lieu "exogène", mais fait bien partie
sinon de notre quotidien, disons de notre vie.
La société dans laquelle nous vivons depuis déjà quelques années nous a
entraînés sur des orientations dont nous percevons aujourd'hui les effets
néfastes. Le concept de santé environnementale n'est plus une lubie des
écologistes. Il est enfin admis aujourd'hui que nombre de pathologies sont
liées à des produits ou des matériaux largement répandus, et aux pollutions des
activités humaines : nous pensons ici bien sûr à l'amiante, aux
pesticides, aux dioxines, aux particules fines, à la radioactivité !... Nous ne
connaissons pas toujours les effets pervers des combinaisons entre ces diverses
agressions, ni leur combinaison avec des phénomènes naturels. Par exemple, les
pathologies consécutives aux particules de pollution atmosphérique entraînées
au fond des poumons par certains pollens d'arbres plantés en ville. Ces
pathologies ont en commun d'être de plus en plus répandues, avec une période de
gestation souvent longue avant qu'elles n'éclatent au grand jour. Elles
nécessitent souvent des soins lourds, et récurrents.
Si le type d'hospitalisation a évolué pour se réduire à des séjours courts,
le type même des soins pour les maladies de type cancer ou autres nécessite des
retours réguliers à l'hôpital. Cette donnée renforce encore le côté
"banal", au sens qu'il n'est pas exceptionnel, nous ne disons pas bénin, de
notre rapport à l'hôpital. Ce lieu concerne ou va concerner 100 % de la
population (dont les enfants, de plus en plus touchés par les maladies
dégénératives) son accessibilité, son ouverture sur la ville et ses
services sont indispensables. Une position centrale dans la ville
répondrait-elle à cette nécessité ? Et quelle conception architecturale
répondrait à ces attentes ?
Il est de la mission d’un service public de santé de prendre en charge les
populations défavorisées. Elles n'ont déjà pas suffisamment de ressources
pour avoir une vie décente (logement insalubre, mauvaise alimentation, manque
d'hygiène etc...). Elles font l'impasse sur les soins urgents, les études
récurrentes nous l'indiquent. Il ne faudrait pas en plus qu'elles soient
pénalisées par un lieu difficilement accessible.''
Cependant l’hôpital ne dispense pas que des soins extrêmement techniques,
nécessitant du matériel de pointe et un personnel de compétence rare. A-t-on
réfléchi à un scénario répondant à un maillage de l’agglo, avec des antennes
réparties aux quatre coins de la cité, qui assureraient des soins jusqu’à un
certain seuil, et un site de référence qui répondrait aux besoins plus lourds
exprimés par le corps médical ?
Le débat sur l’implantation du futur CHU ne doit pas nous empêcher de réfléchir
parallèlement à notre propos du départ. Et si aujourd’hui, nous devons répondre
aux besoins que le corps médical a exprimés ce soir, notre rôle d’élus
politiques est bien d’agir pour que les citoyens soient moins soumis à des
agressions pathologiques, pour que l’hôpital ne soit plus un équipement d’usage
banal ou quotidien, mais soit pour les citoyens un recours exceptionnel Par
exemple, une étude sur la qualité de l’air dans 25 villes européennes montre
que le respect d’une valeur guide de la quantité de particules fines dans l’air
permettrait un allongement de l’espérance de vie et « d'un point de vue
économique, le respect de cette valeur guide se traduirait par un bénéfice
d'environ 31,5 milliards d'euros (diminution des dépenses de santé, de
l'absentéisme, et des coûts associés à la perte de qualité et d'espérance de
vie) » (étude Aphekom). Le concept de santé environnementale nécessite
que nous nous attachions collectivement aux solutions pour faire de la
prévention plutôt que de la réparation. Nous devons privilégier une politique
de santé plutôt que nous contenter d’une politique de santé.
Prenons conscience que la politique de gestion poursuivie par le gouvernement
vise à déstructurer de façon massive le dispositif de santé publique, en
contraignant les établissements à la rentabilité, alors que les questions de
santé, si elles empruntent au champ des activités marchandes, restent bien une
des valeurs fondamentales qui structurent les services publics. L’utilisation
intelligente des finances recommande une certaine mutualisation, une
rationalisation des charges. Les précautions pour l’avenir de la planète
recommandent de diminuer les flux de gestion liés à l’activité intrinsèque de
l’hôpital. Le projet de regroupement répond peut être à une demande du corps
médical. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’il ne met pas à
l’abri l’hôpital public de Nantes de l’asphyxie menée par le gouvernement en
matière de santé publique.
La situation de l’île de Nantes, avec son enclavement entre des bras de Loire,
nécessite une étude particulière. La question de son caractère inondable, mais
aussi du caractère éventuellement fragile des accès à l’île, doit être bien
pesé. Nous avons l’habitude de raisonner en termes de probabilité de risques.
Dans le cas précis, nous n’avons pas le droit à l’erreur pour le futur
emplacement de l’hôpital. En plus de la question de son évacuation, se pose la
question de l’accès à cet équipement dont nous aurions besoin en cas de, disons
catastrophe. Si le futur CHU devait s’implanter sur l’île, son architecture,
ses équipements, ses circuits d’approvisionnement logistique devraient prendre
en compte à la fois l’inondation de son site, et l’impossibilité éventuelle
d’utiliser les ponts.
Le débat de ce soir tourne-t-il autour de la question « Conserve-t-on
l’hôpital dans une position centrale ? » ou « Transfère-t-on
l’hôpital sur l’île de Nantes » ? Nous le disons ainsi car le site des
abattoirs pourrait aussi répondre aux besoins tels qu’exprimés par le corps
médical. Les raisons juridiques du blocage actuel ne sont pas éternelles et
sans mesure avec les enjeux.